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Étincelle de révolte – Chili

Écrit par sur 2020-04-27



Tout a commencé avec une étincelle, et le feu a pris. Ce qui paraissait, de prime abord, à une “simple” manifestation d’étudiants suite à l’augmentation du prix du ticket de métro, s’est transformée en une révolte singulière, et sanguinaire. 

 

 

Situation globale

 

Le 18 octobre 2019, le gouvernement Chilien a décrété une augmentation du prix du ticket de métro de 30 pesos chilien, quelques centimes d’euros. Une broutille me diriez-vous, et pourtant ces 30 pesos ont embrasé le pays entier. 

En effet, il faut savoir qu’au Chili, l’équivalent du SMIC (le salaire minimum), s’élève à 345 euros. Le prix du ticket d’un trajet de métro coûte l’équivalent d’un euro. Le nombre d’heures de travail par semaine est de 48h. Sans mentionner bien sûr les inégalités découlant de l’éducation, de la santé et de la sécurité sociale, construites sur le modèle néolibéral des Etats-Unis.  

 

“Cuando abrimos los ojos nos quisieron cegar”

Lorsque nous avons ouvert les yeux ils ont voulu nous les retirer

“No son 30 pesos, son 30 años” 

Ce ne sont pas 30 pesos, ce sont 30 ans

 

 Voici ce qu’il se crie dans les marches, ce qu’il s’écrit sur les pancartes. Trente ans ont passé depuis la fin de la dictature de Pinochet, une des dictatures les plus violentes de l’Histoire. Cette dernière a pris fin, le 11 mars 1990, et de sa chute naitront des promesses d’égalités, d’espoir, de liberté, promesses faites par des partis politiques prônant la démocratie mais qui, en 30 ans, n’ont pas respecté leurs engagements.

Privatisation de toutes les matières premières, eau, électricité, sociétés de transports… Les Universités sont hors de prix, (les bourses n’existent pas mais les prêts à l’État oui, à rembourser avec interêts), sans oublier que la constitution est la même depuis la dictature. Bref, les inégalités sont trop nombreuses pour pouvoir être énumérées.

 

Regard de l’international

 

  Voilà pourquoi l’étincelle a créé un brasier. La répression fut telle que l’Équipe du Haut-Commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme a recensé plus de 150 cas de torture et de nombreux cas de violences sexuelles contre des individus, perpétrés par des policiers et de membres de l’armée lors des marches et des manifestations, et une utilisation disproportionnée d’armes plus ou moins meurtrières, ayant causé des blessures oculaires à environ 350 personnes.  

 

https://www.youtube.com/watch?v=KqC07mGXUas
Suite aux nombreuses révoltes dans tout le pays, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a envoyé une équipe sur place. Ils ont visité des hôpitaux, écouté de nombreux témoignages de la part des civils, de membres d’ONG, de policiers… Ils ont découvert un grand nombre de violations des droits de l’homme.


Imma Guerras-Delgado, la chef de mission du Haut-Commissariat au Chili s’exprime en ces mots : 

« La majorité des assemblées et des marches ont été pacifiques. Pourtant elles ont été gérées de manière fondamentalement répressive. Depuis le 18 octobre il y a eu un nombre élevé de violations graves des droits humains. Ces abus incluent des recours excessifs et non justifiés à la violence qui ont entraîné la mort de victimes de manière arbitraire ainsi que des cas de torture, de mauvais traitements, de violences sexuelles et détentions arbitraire. Nous avons également vus que certains groupes, comme par exemple les équipes médicales qui soignent des manifestants ont dû faire face à des obstacles pour faire leur travail. Nous faisons également référence aux journalistes. Nombreux ont été blessés alors qu’ils remplissaient le rôle de journaliste. Dans certains cas ils ont perdu un œil. »

 

 

Couvre-feu, tirs à balle réelle, hélicoptères sillonnant de nuit le ciel de Santiago du Chili, violences, injustices, peur et haine, voici les réponses du gouvernement à un peuple demandant plus de droits, et surtout le droit à vivre dignement. La célèbre maxime « plutôt mourir debout que de vivre à genoux » prend tout son sens dans le coeur des révoltes, et des manifestants, bien décidés à continuer à se battre malgré la répression. Le peuple chilien s’est « réveillé » et après tant d’années de silence décide enfin de faire porter sa voix bien au-delà de ses frontières. 

 

Le mouvement social a libéré une nouvelle vague d’art de la rue, street art, installation, collages et peintures qui habillent les murs des villes. Une cohésion et entraide sociale prend forme et organise les manifestations. 

 

 

Aujourd’hui, suite aux conséquences du Coronavirus, les manifestations ont été mises en pause, et les Chiliens attendent le référendum promis par le gouvernement permettant aux citoyens de voter pour une nouvelle constitution. 

 

 

“Aucune peinture ne pourra effacer l’injustice.”
Le gouvernement Chilien a profité de cette mise en pause des révoltes pour effacer les peintures et dessins couvrant les murs…

 

 

 


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